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Défense : interview du contre-amiral David Desfougères

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Yann Cochennec

Publié le 03 novembre 2024 à 16:32 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 15:23

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Le contre-amiral David Desfougères, pilote de chasse embarquée et sous-chef plans programmes de la Marine, tire les leçons des retours d'expérience des opérations en mer Rouge. Il annonce aussi le choix du successeur de l'ATL2, et des capacités aéronavales pour le drone de combat inclus dans le Rafale F5.

"Nous avons de bons bateaux, il faut ajouter des équipements pour qu'ils restent up to date"

Comment avez-vous pris en compte le cycle d'adaptation réactive déclenchée par l'engagement de vos frégates en mer Rouge, et avec quelles solutions ?

Nous sommes dans une logique d'adaptation réactive permanente. La mer Rouge est le premier théâtre où on fait simultanément le grand écart entre haut du spectre, les missiles balistiques, et le bas du spectre. Dans la foulée, nous avons vérifié que nos entraînements et doctrines étaient bien adaptés à ces deux menaces simultanées, quel type d'armement on voulait utiliser face à cette typologie élargie. On a confronté nos capacités de détection, de classification, de poursuite et d’engagement à cette panoplie de menaces. 

On avait ce qu'il fallait avec les radars sur frégates multimissions à capacités de défense aérienne renforcées (FREMM-DA) et de défense aérienne (FDA). Par contre, sur la partie optronique, on a identifié assez vite que sur la menace drones en basse altitude, nos moyens de détection et de classification allaient restreindre nos capacités d’actions. C'est là qu'on a décidé, autour du 15 décembre, en équipant avec une boule Paseo une frégate qui partait pour ce théâtre. En lien avec le service de soutien de la flotte (SSF) et la DGA, on a mis en trois semaines pour trouver la boule disponible, le mécanisme de financement et réaliser l'intégration. 

En parallèle, les travaux de réflexion sur la doctrine ont continué, pour exploiter les opportunités offertes par les nouveaux moyens de détection et de classification afin de combiner au mieux face à la menace drone l’artillerie et la fonction missiles. La combinaison des deux s'est conclue par un entraînement avant de partir en mission, avec 48 heures dans le zonex de Toulon, pour s'assurer de la destruction d'un drone type de ceux de la mer Rouge. On a trouvé des combinatoires intéressantes, des distances de décision, des séquences pour combiner les rideaux défensifs. 

En parallèle, d'autres évolutions sont intervenues avec le système Skyjacker durant un exercice Wildfire qui se déroulait pendant que la FREMM-DA était déployée en mer Rouge. Le tour suivant, le navire qui lui a succédé avait à la fois le Paseo et Skyjacker. Durant le dernier Wildfire de septembre 2024, on a expérimenté un autre équipement, un brouilleur qui travaille sur plusieurs fréquences, qu'on a décidé d'installer sur le prochain bateau qui part en mer Rouge. Face à cette évolution de la menace, on a besoin d'évoluer rapidement. Nous avons de bons bateaux, il faut ajouter des équipements pour qu'ils restent up to date.

Comment transférez-vous vos équipements d'une frégate à sa relève, vu le nombre d'équipements réduit dont vous disposez sur Skyjacker et ce nouveau brouilleur ?

Pour l'instant, on peut faire du bord à bord à Suez, du dépose minute en escale à Chypre, on peut envisager plein de choses. Au départ, on est en général sur des procédures de convention de prêt en attendant une commande, comme on l'a fait sur Skyjacker. Un des trois Skyjacker commandés par la DGA cet été va arriver dans la Marine nationale. Par la suite, on verra si on peut se prêter les équipements entre armées.

Pendant les exercices, ces brouilleurs ont donné entière satisfaction. Si on les a mis aussi rapidement sur nos bateaux déployés, c'est qu'on a confiance. On privilégie les FDA et FREMM-DA, étant donné que leurs capacités de détection et d’engagement face aux menaces aériennes du haut du spectre sont supérieures aux six premières FREMM.

Yann Cochennec

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