F-16 en Ukraine : juste avant leur livraison, les États-Unis ont amélioré leurs systèmes de protection

F-16AM Fighting Falcon ukrainien en configuration air-air lors d'un virage serré.
@KpsZSU

F-16AM Fighting Falcon ukrainien en configuration air-air lors d'un virage serré.
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Le 10 juillet 2024, Antony Blinken, Secrétaire d'État américain (équivalent du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères en France) annonçait que le transfert à l'Ukraine des premiers avions de combat F-16AM Fighting Falcon était en cours. Un peu moins d'un mois plus tard, le 4 août 2024, une cérémonie officielle de mise en service des F-16 ukrainiens permettait de confirmer définitivement l'information suivante : des F-16 ukrainiens volent en Ukraine. Les images ont notamment permis de découvrir une partie de l'armement des avions, tous en configuration air-air, et qu'ils étaient équipés de pylônes d'autoprotection avancée.
La protection des F-16 aurait pu s'arrêter là... jusqu'à l'apparition d'une toute nouvelle information en provenance des États-Unis. Le 26 août 2024, un communiqué de presse du 350th Spectrum Warfare Wing de l'US Air Force a été publié. Il concerne le 68th Electronic Warfare Squadron, une unité spécialisée dans l'augmentation de la létalité mais aussi de la survivabilité des avions de combat américains et partenaires des États-Unis. C'est sur ce dernier point que les F-16 livrés à l'Ukraine ont été améliorés grâce à cette unité.

Si les systèmes antiaériens russes représentent une menace importante aux Fighting Falcon ukrainiens, ces avions de combat doivent en réalité faire face à d'autres menaces. Certaines de ces menaces se retrouvent dans le spectre électro-magnétique, avec par exemple le brouillage ou encore le spoofing GPS, deux méthodes utilisées par les Russes. Le spoofing GPS ne brouille pas le GPS d'un avion mais va lui faire croire, à distance, qu'il se trouve à une position qui n'est pas réellement la sienne. Les conséquences au combat sont multiples ; tomber en panne sèche car l'avion a voler trop longtemps vers ce qu'il pensait être son aéroport, larguer des munitions sur une cible alors même que l'avion se trouve en réalité hors de portée, etc. Les futurs F-16 ukrainiens devaient donc absolument être mis à jour concernant ces menaces électromagnétiques.
Cependant, deux problèmes faisaient face à l'US Air Force : le facteur temps était compté car les Ukrainiens attendaient déjà depuis longtemps leurs nouveaux F-16AM et il n'était pas question de retarder la livraison. Il y a aussi un problème technique ; l'US Air Force ne comprend plus aucun F-16A/B de première génération, encore moins leur version modernisée F-16AM/BM. Un chef ingénieur du 68ème escadron explique alors la situation à ce moment ;
"La plupart des centres de reprogrammation auraient dit 'hors de question' à l'approche de ce défi, c'est une politique inexplorée. Nous nous sommes regardés et nous nous sommes dit 'Si pas nous, alors qui ?' Nous sommes les meilleurs pour faire cela."
C'est alors que l'escadron en question a créé une équipe spécifique à ce projet, comprenant des experts et jeunes ingénieurs. L'équipe a d'abord dû comprendre les systèmes emportés dans les F-16AM avant de pouvoir les améliorer. Cette compréhension a été permise grâce à la coopération du Danemark et de la Norvège, ces deux pays ayant partagé de nombreuses données de leurs F-16 avec l'équipe du 68ème escadron. Rien n'a été fait "comme d'habitude" ; de nouvelles méthodes ont été développées et mises en application et ont permis à l'équipe de passer aux choses sérieuses.
Cependant, malgré leur compréhension nouvellement acquise, aucun développement ne pouvait être testé aux États-Unis. Là aussi, l'inhabituel a pris le dessus et l'équipe a pris place dans un avion en direction du laboratoire d'une nation partenaire. Celle-ci n'est pas citée directement et certains pensaient à la Belgique, suite à un entrainement de guerre électronique de sa Force aérienne durant toute la semaine du 22 août (communiqué de presse). S'il s'agit peut-être de la Belgique, cet entrainement n'en n'est en aucun la confirmation : les F-16 ukrainiens volaient déjà en Ukraine depuis au moins 18 jours.
"Ce n'est pas notre procédure opérationnelle standard. Le fait que l'équipe ait pu comprendre le système en deux semaines, se rendre dans un autre pays avec un partenaire pour développer le meilleur fichier de données de mission jamais vu est du jamais vu et c'est grâce au talent, ici, dans l'escadron et dans le wing." D'après le directeur du 68th squadron.
Le fait de pouvoir détenir un véritable F-16AM a permis de tester des solutions en environnement réel et même améliorer les processus de reprogrammation des parties partenaires. Mieux encore, les données récoltées lors des missions de combat ukrainiennes seront transmises au 68th squadron. Ce dernier pourra alors améliorer les capacités des avions américains et alliés, grâce à des données de combat réelles.

La déclaration est assez floue sur le soutien à plus long terme fourni par l'escadron envers l'Ukraine. Si d'un côté, un contact régulier sera nécessaire, le communiqué précise aussi "Le 68th EWS espère bientôt ajouter l'Ukraine à son portefeuille, portant ainsi à 31 le nombre de nations partenaires qu'il soutient, renforçant ainsi la capacité des États-Unis et de leurs alliés à combattre côte à côte dans le domaine [électromagnétique]." Il semblerait donc que l'Ukraine se trouve dans une situation spéciale au niveau de ce soutien "mais pas vraiment".
Le directeur de l'escadron précise aussi l'importance de détenir une flotte d'avions à jour :
"Un F-16 avec un pod reprogrammé ne permettra pas d'atteindre à lui tout seul une domination aérienne, mais il peut vous donner une poche de suprématie aérienne pendant un instant pour atteindre un objectif qui a une importance et un impact stratégique."
Le F-16A continue ainsi son épopée militaire. Entré en service en 1979, cet appareil a vu en Europe de nombreuses mises à jour, entretiens structurels importants et même une modernisation complète dans les années 2000 (F-16A/B passant aux standards F-16AM/BM). L'ajout de pods modernes a permis d'augmenter sa létalité et sa protection, mais grâce à l'USAF, les F-16AM ukrainiens disposent désormais d'une protection électromagnétique totalement à jour ! Les informations disponibles ne permettent malheureusement pas de donner des précisions spécifiques sur cette mise-à-jour... ce qui est au final compréhensible : la protection d'avions de combat utilisé lors d'une guerre demande une certaine discrétion sur leurs capacités.