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Haven-2 : un sérieux candidat pour remplacer l’ISS

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 10 avril 2026 à 03:00 - Mis à jour le 06 mai 2026 à 07:57

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Air & Cosmos s’est entretenu (en français) avec Max Haot, le PDG belgo-américain de Vast. L’occasion de présenter en détail les ambitieux objectifs de l’entreprise et de partager ses dernières actualités.

Quand, comment et pourquoi a été créée votre société ?

Vast a été fondée en 2021 par Jed McCaleb. Jed est un entrepreneur américain renommé dans le domaine du logiciel et de la cryptomonnaie. Sa motivation profonde vient d'une vision de long terme : il a toujours su qu'une fois qu'il aurait atteint un certain succès et un capital suffisant, il investirait une part significative de sa fortune personnelle dans l'exploration spatiale. Il a d'abord observé le marché et a conclu que l'accès à l'espace, c'est-à-dire les lancements, avait désormais son champion en Occident : SpaceX. Il a donc décidé de se concentrer sur la prochaine grande étape : les stations spatiales.

L'entreprise a commencé modestement, avec une équipe d'une dizaine d'ingénieurs ayant travaillé sur des programmes spatiaux majeurs comme le vaisseau habité Crew Dragon de SpaceX. Lorsque pour ma part j'ai rejoint l'aventure, en juillet 2023 (suite à l'acquisition par Vast de ma propre startup Launcher qui développait des lanceurs et des véhicules de transfert pour petits satellites), nous n'étions que 40 personnes. Nous sommes aujourd’hui entrés dans une phase de stabilisation, après deux années de forte croissance où nous embauchions au moins 50 personnes par mois. Nous comptons désormais 1 050 employés. Nous continuons à renforcer l'équipe, mais nous attendons surtout l'attribution de la phase 2 du contrat CLD (Commercial LEO Destinations) de la Nasa pour reprendre vraiment les recrutements. Nous sommes basés à Long Beach, en Californie, où nous disposions de 14 000 m2 d'installations de fabrication et d'intégration. Mais nous venons de faire construire un nouveau bâtiment car nous avons déjà atteint la capacité maximale de notre site actuel. Cette extension servira à l'usinage et aux tests, et accueillera de nouveaux employés. Une fois ces travaux achevés, nos installations s’étendront sur une superficie totale de 17 600 m².

Quels sont vos objectifs, à court et à long terme ?

Notre vision ultime, qui relève presque de la science-fiction, est de faire de la pesanteur artificielle une réalité. Nous pensons que pour que l'humanité puisse réellement vivre et travailler dans l'espace sur de longues durées, il faut pallier les problèmes de santé liés à la micropesanteur, tels que la perte osseuse, les problèmes de vision et la fonte musculaire. Même des astronautes en excellente forme physique, s'exerçant deux heures par jour, mettent des semaines à s'en remettre après un séjour de six mois. Notre objectif à long terme est de construire une station de 100 m de long qui, en tournant à environ 3,5 tours par minute, recréerait une pesanteur terrestre (1 g) aux extrémités, tout en offrant de la micropesanteur au centre. L'arrivée du Starship de SpaceX permettra de lancer les structures massives nécessaires à cette vision.

Cependant, nous sommes une entreprise réaliste. Pour financer cette vision sur 10 ou 20 ans, nous devons d'abord nous imposer sur le marché actuel. Notre objectif prioritaire pour cette décennie est ainsi de devenir la société choisie par la Nasa pour remplacer la Station spatiale internationale (ISS), qui doit être désorbitée d'ici au début des années 2030. L'ISS coûte plus de 3 Md$ de dollars par an à la Nasa, et le gouvernement américain souhaite ramener ce coût à environ 1 Md$ via des services commerciaux. De plus, le partenariat avec la Russie n'est plus géopolitiquement désirable, et la station vieillit, présentant des risques techniques comme les fuites qui sont apparues il y a quelques années dans le segment russe. Nous voulons être le leader mondial des stations spatiales commerciales, en proposant une plateforme plus agile, moins coûteuse et plus moderne.

Pierre-François Mouriaux

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