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John Glenn, le premier Américain sur orbite - 1. Le vol qui ne devait pas échouer

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 21 février 2022 à 08:35 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 08:58

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Il y a 60 ans, le 20 février 1962, l’astronaute John Glenn effectuait le premier vol orbital américain, dix mois après le Soviétique Youri Gagarine. Il permettait à son pays de revenir dans la course aux exploits.

Après les Soviétiques Youri Gagarine et Guerman Titov respectivement placés sur orbite les 12 avril et 6 août 1961, John Glenn devient le 20 février 1962 le troisième homme et le premier Américain à naviguer sur orbite terrestre. Si Gagarine a effectué une seule révolution à 327 km (apogée), en 1 heure et 48 minutes, Glenn en réalise trois à 260 km, en 4 heures et 55 minutes, sans battre toutefois le record de Titov (dix-sept orbites à 221 km, en 1 jour, 1 heure et 18 minutes). L’objectif n’était cependant pas là…

Un pilote de chasse renommé

Pilote de chasse pendant la Seconde guerre mondiale dans le corps des Marines, John Glenn participe également en 1953 à la guerre de Corée. Ses nombreuses victoires acquises lors de ces conflits lui valent plusieurs récompenses et médailles militaires. Ayant ainsi acquis une solide expérience, il devient pilote d’essais. Le 16 juillet 1957, il décroche même un record de vitesse transcontinental entre Los Alamitos (en Californie) et New-York à bord d’un F8U Crusader, avec lequel il parcourt 3 935 km à la vitesse supersonique en 3 heures et 23 minutes. Les médias voient déjà en lui un héros des temps modernes.

Fasciné par la conquête spatiale, John Glenn en suit de près les événements depuis octobre 1957. Au moment où la Nasa engage en décembre 1958 le programme de vol habité Mercury – qui doit envoyer dans l’espace les premiers Américains avant les Soviétiques –, il souhaite y contribuer. Ainsi, aux centres de Langley (Langley Air Force Base) et de Johnsville (Naval Air Development Center), il participe notamment à la réalisation de maquettes de vaisseaux spatiaux. Naturellement, quand vient le temps du recrutement par la Nasa des premiers astronautes dans le cadre du programme Mercury, John Glenn postule… et est sélectionné en avril 1959 aux côtés de six autres hommes (Scott Carpenter, Gordon Cooper, Virgil Grissom, Walter Schirra, Alan Shepard, Deke Slayton), surnommés les « Original Seven ».

Du vol suborbital au vol orbital

Tout comme les autres candidats astronautes, John Glenn subit de rudes tests, puis une formation et un entraînement des plus rugueux et pointilleux, comme le rapporte Tom Wolfe dans son livre The Right Stuff (L’étoffe des héros, 1979). Si John Glenn escompte voler le premier, les responsables des vols habités en décident autrement : Shepard et Grissom effectueront les premières missions Mercury-Redstone 3 et 4. Cependant, en raison du manque de puissance du lanceur Redstone (alors seul disponible), celles-ci ne sont que des vols suborbitaux réalisés les 5 mai et 21 juillet 1961.

Seulement voilà, dès le 12 avril, les Soviétiques prennent de court les Américains en envoyant les premiers dans l’espace Gagarine qui, de plus, est placé sur orbite. Ils réitèrent l’exploit en août suivant avec Titov… Cela contraint la Nasa à modifier la suite du programme Mercury : le troisième vol, confié à John Glenn, sera orbital et se fera à l’aide d’un lanceur plus puissant (Atlas) en cours de développement. Toutefois, avant d’envoyer Glenn, les responsables souhaitent effectuer au préalable un vol test le 29 novembre 1961 (Mercury-Atlas 5) avec à bord le chimpanzé Enos… ce qui n’a pas été du goût de John Glenn et des autres astronautes.

Un vol sous haute tension

Le 20 décembre 1961, depuis le centre spatial de Cap Canaveral, John Glenn s’apprête à partir pour la mission Mercury-Atlas 6 dans le vaisseau Mercury baptisé « Friendship 7 » (Amitié / 7 en référence aux sept astronautes composant le corps des astronautes). Toutefois, en raison de problèmes météorologiques ou technologiques le lancement est renvoyé d’abord au 16, puis aux 23 et 27 janvier 1962. Fébriles, les médias américains et étrangers qui suivent l’événement sont littéralement sur le pied de guerre. Ainsi, à chaque report, la presse annonce de nouveau le lancement : par exemple, le 22 janvier, Le Figaro titre « Grande semaine spatiale à Cap Canaveral. VOYAGE AUTOUR DE LA TERRE DE JOHN GLENN » ; le 27, il titre par « Cap Canaveral. LANCEMENT AUJOURD HUI DU PREMIER AMERICAIN autour de la Terre ». La Nasa ne veut prendre aucun risque, préférant à chaque fois reporter le lancement, d’autant plus que celui-ci contrairement aux Soviétiques doit se faire en direct.

Echec au coup double

La veille du décollage de John Glenn (tant) attendu (pour le 27), les Américains procèdent au lancement de la sonde lunaire Ranger 3. Cette dernière doit contribuer à ouvrir la voie à la conquête de la Lune. Un véritable coup médiatique s’offre ainsi ! Par exemple, le quotidien La Liberté annonce : « LES AMERICAINS TENTENT LE COUP DOUBLE DE L’ESPACE. Ranger III le laboratoire robot s’est envolé hier pour la Lune qu’il atteindra si tout va bien lundi matin – John Glenn doit effectuer aujourd’hui son vol orbital autour du globe ». Destinée à l’observation de la Lune avec même une tentative d’impacter la surface lunaire, Ranger 3 échoue cependant en raison de dysfonctionnements. La déception est d’autant plus grande que le lancement de Glenn est de nouveau reporté au 1er février, puis aux 12 et 14. Cela prend l’allure d’un jour sans fin…

[A suivre…]

Quelques références

- Un ouvrage mémoire : John Glenn : A Memoir, John Glenn et Nick Taylor, Ed. Bantam, 1999.

- Un roman : L’étoffe des héros, Tom Wolfe, Gallimard, Paris, 1982 (paru en 1979 en anglais).

- Un film de la Nasa & General Dynamics Corporation sur le vol de John Glenn, « Glenn Ready for Orbital Flight Friendship 7 », 1962, US National Archives

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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