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Les satcoms GEO en embuscade

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 10 mars 2025 à 19:23 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 13:52

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Philippe Pham, senior vice-président Systèmes de Télécommunications et de Navigation chez Airbus Defence and Space.

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L’année 2024 n’a vu que huit commandes de satellites de télécommunications géostationnaires à travers le monde : c’est le résultat le plus bas de la dernière décennie, marquée par une dégringolade quasi-permanente du marché. Ce dernier conserve cependant de solides arguments.

La conférence Satellite se tient depuis ce matin et jusqu’au 13 mars dans la capitale fédérale américaine. Air & Cosmos, qui l’an dernier était le seul média français présent, n’y assiste malheureusement pas, pour la première fois depuis bien longtemps (excepté en 2021, crise sanitaire oblige). L’approche de ce rendez-vous incontournable reste malgré tout l’occasion de faire le point sur le marché jadis roi des satellites de télécommunications géostationnaires, qui a encore fléchi en 2024, avec seulement huit commandes (contre dix en 2023), dont trois militaires.

Prédominance européenne

Sur les huit contrats engrangés en 2024 par quatre constructeurs différents auprès de six opérateurs à travers le monde, on peut se réjouir de la place prédominante de nos champions Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space : le premier a vendu quatre satellites à propulsion électrique utilisant la plateforme Eurostar Neo (dont deux à l’Armée de l’Air allemande), et le second a ajouté à son carnet de commandes une septième plateforme entièrement numérique Space Inspire. Avec deux nouveaux acquéreurs, la microplateforme MicroGEO du constructeur américain Astranis, créé en 2015, confirme son succès (cinq commandes avaient été enregistrées en 2023). Enfin, sans surprise, Boeing Satellite Systems a été retenu par l’Armée américaine pour la fourniture d’un satellite à large bande WGS (Wideband Gapfiller Satellite) – voir tableau joint.

Disruptés par ricochet

Touché de plein fouet par « l’effet Starlink », le secteur des satcoms GEO n’est cependant toujours pas à enterrer. Nous avons rencontré à Toulouse Philippe Pham, senior vice-président Systèmes de Télécommunications et de Navigation chez Airbus Defence and Space, pour discuter du sujet. Il nous répond : « Si on prend un peu de recul sur ce marché, j'observe que Starlink est un disrupteur majeur, très clairement. Je pense que, si nous avions été prêts un peu plus tôt [aussi bien Airbus Defence and Space que Thales Alenia Space] avec la mise en orbite de nos satellites GEO entièrement numériques [OneSat et Space Inspire], nous aurions pu, non pas stopper Starlink, mais convaincre nos clients des performances distinctives de nos produits et de ce qu’ils peuvent apporter d’unique au business des télécommunications par satellite grâce à leur flexibilité digitale et reconfigurabilité quasi temps réel complètes. Nos clients sont ébranlés par Starlink : ils perdent des parts de marché, ils ont des modèles économiques de plus en plus contraints, et ils s’interrogent sur les moyens de consolider leurs résultats, capacités opérationnelles et investissements. Ils décident parfois de fusionner (ViaSat et Inmarsat, SES et Intelsat, Eutelsat et OneWeb, Dish et Direct TV, et on voit aussi d’autres discussions dans d’autres régions du monde…), et ils retardent leurs décisions de renouvellement ou d’expansion de leurs flottes de satellites. Et nous, nous sommes disruptés par ricochet. Mais, si l’on regarde les perspectives de 2025 et de 2026 pour le marché GEO, il y a quand même de la demande pour les Software Defined Satellites (SDS), avec pas mal d’appels d’offres en cours ou à venir. Il ne faut pas pour autant croire que nous sommes les seuls à proposer des SDS sur le marché, car il y a déjà de la concurrence au-delà des offres d’Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space, à commencer par les Chinois qui arrivent sur le marché, et au cas par cas les Américains, même s’ils restent pour le moment essentiellement concentrés sur leur marché de défense. Boeing et Lockheed ne sont pour l’heure pas revenus sur le marché commercial mais je pense qu'ils ont toutes les technologies et produits développés grâce à cet énorme marché de défense américain pour réapparaître le jour dit [Sourire]. On ne voit pas non plus Maxar pour le moment : est-ce dû à la restructuration actuelle ou une réelle stratégie ? Quant à Starlink, je ne sais pas si c’est un business case ou un business model bien au-delà des télécoms en LEO, chacun a son opinion. »

Pierre-François Mouriaux

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