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Les misères de la mission de retour d’échantillons martiens MSR

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 08 février 2026 à 05:00 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 14:06

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Vue d’artiste de 2003 représentant le départ des échantillons depuis la planète Mars selon le concept GBMSR.

Vue d’artiste de 2003 représentant le départ des échantillons depuis la planète Mars selon le concept GBMSR.

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Début janvier, dans le cadre du vote du budget de la Nasa, le Congrès des Etats-Unis a largement atténué les sévères coupes budgétaires proposées par l'administration Trump pour les missions scientifiques de l’agence, dont celles relevant de l'exploration planétaire. Plusieurs jours avant l'annonce officielle, des documents préliminaires du sous-comité Commerce, Justice et Science (CJS) laissaient déjà peu de doute sur l'issue de ce budget 2026.

Si de nombreuses missions scientifiques actuellement en vol ou en cours de développement n'auraient pas survécu aux réductions budgétaires proposées par la Maison Blanche dans cette catégorie, presque toutes semblent finalement avoir bénéficié d'un soutien au Congrès. Pour l'exploration planétaire, même les missions de l'Agence spatiale européenne EnVision (Vénus), Mars Express et ExoMars/Rosalind Franklin, auxquelles la Nasa participe, ont reçu une contribution. En revanche, même s'il était attendu, le coup de tonnerre aura été l'alignement du Congrès avec la position de la Maison Blanche pour l'annulation pure et simple du programme Mars Sample Return (MSR), mené en coopération avec l'ESA.

Une enveloppe de 110 M$ est attribuée aux futures missions martiennes. Ce terme vague pour continuer l'exploration de Mars fait pour l'instant uniquement référence à un orbiteur/relais de télécommunications (MTO), une capacité stratégique pour assurer un retour scientifique maximal et négocier avec les partenaires disposant d'engins en orbite ou à la surface. Par l'échange de ces capacités contre du « temps consacré à la science », la puissance qui dispose de ces moyens peut en effet jouer un grand rôle dans l'exploration martienne. Ces dernières années, l'orbiteur TGO de l'ESA a acheminé près de 60 % des données transmises entre Mars et la Terre. Signe de l’intérêt stratégique de cet atout, l'ESA a aussi dans ses cartons un projet de réseau de relais de télécommunications, LightShip/Marconi.

Un couac dans le MEP

Depuis longtemps, et plus particulièrement depuis la reformulation de son programme d'exploration de Mars (MEP) en 2000, la Nasa prévoit que MSR constitue la « mission ultime » avant un débarquement humain sur Mars. Puisque cette implémentation de MSR s'était lentement mise en place depuis la fin des années 2010, en accord programmatique avec les objectifs scientifiques du MEP, la Nasa n'avait donc pas vraiment prévu de mission robotique supplémentaire à intercaler, y compris MTO. Ce qu'il se passe actuellement est une modification improvisée de la feuille de route du MEP.

Du côté de la Nasa, cette annulation de MSR est à contre-courant des deux derniers rapports décennaux (2011 et 2021) sur l'exploration planétaire du Conseil national de la Recherche (NRC), qui placent le retour d'échantillons martiens comme la première priorité. Avant le format décennal de ces documents de stratégie, de nombreux rapports précédents avaient également classé cette entreprise comme l'une des plus profitables scientifiquement. Historiquement, cette décision de la Nasa s'ajoute toutefois à la longue liste d'événements ayant précipité l'abandon d'une entreprise visant le « Saint Graal des planétologues » pour des raisons techniques et financières.

ZefERO, autant en emporte le vent

Passée la déception entretenue depuis 2023 et par les conclusions du rapport d'un comité de revue indépendant (IRB) commandé par la Nasa, l'ESA avait tenté de sauver l'élément principal de sa participation à cette mouture de MSR, l'orbiteur de retour vers la Terre ERO (cf. A&C n°2908, 30 janvier 2025). Pour cet imposant vaisseau de plus de 7 t, les travaux industriels allaient pourtant bon train. En particulier, l'OIM, l'un des deux « étages » de l'orbiteur et chargé de la manœuvre d'insertion en orbite martienne, avait rapidement pris forme. Ainsi, à la mi-2024, la structure centrale du modèle de vol était équipée des panneaux de support et de fixations pour les réservoirs, les propulseurs et les interfaces des panneaux solaires. Ensuite, l’OIM avait passé avec succès un test de charges mécaniques statiques, et surtout, sa revue de conception critique (CDR) en 2025, tandis que divers composants (vannes, tuyauteries, filtres et réservoirs) avaient été intégrés à sa structure. Finalement, Thales Alenia Space, sous-contractant d'Airbus Defence and Space pour ce projet, avait livré ce modèle de vol au maître d'œuvre, concluant un contrat de 130 M€.

Pierre-François Mouriaux

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