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Il y a 60 ans, « Zébulon » faisait tourner la France sur orbite

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 19 février 2026 à 12:00 - Mis à jour le 06 mars 2026 à 14:07

Illustration parue dans Air & Cosmos du 5 février 1966

Illustration parue dans Air & Cosmos du 5 février 1966

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Le 17 février 1966, Diamant 02 plaçait sur orbite D1A, le premier satellite technologique français, qui a bien failli passer à la postérité sous le nom de Zébulon…

Un programme pour enfant extrêmement populaire

« Tourni tournicoti, Tourni tournicota, Venez avec moi, voilà le Zébulon, Tourni tournicoti, Tourni Tournicota, C’est lui qui a la clé du rêve et des chansons (…) », tel est le début de la chanson écrite par Carlos Leresche pour l’émission pour les enfants Le Manège enchanté, produite par Serge Danot et diffusée sur la première chaîne de l’ORTF à partir du 5 octobre 1964. Quand la télévision était en noir et blanc et ne comptait que deux chaînes. Un immense succès populaire.

Or, quelques jours avant son lancement le 17 février 1966, D1A, le premier satellite technologique français de la série D1, est soudainement appelé dans la presse « Zébulon », en l’honneur du célèbre personnage monté sur ressort du Manège enchanté…

L’idée de Marius Le Fèvre

Le 30 janvier dernier, lors de la remise du prix Aubinière 2025 de l’Institut français d’histoire de l’espace (IFHE) pour son ouvrage Hammaguir. La première base spatiale française (co-écrit avec Philippe Varnoteaux), Marius Le Fèvre prend plaisir à rappeler et à témoigner de « l’affaire Zébulon ». Il était à l’époque officier de l’armée de l’Air, chargé des campagnes de fusées-sondes pour le compte du Cnes au Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux (CIEES). Il remémore le 10 février 1966, veille de lancement du D1A : « Aucune intervention n’est alors prévue sur le satellite ; aussi, décidons-nous de permettre à toute l’équipe de se détendre en allant rechercher, avec des habitués du CIEES, des améthystes dans un massif rocheux proche d’Hammaguir. Dans la journée, Albert Vienne nous demande de procéder à un essai particulier, non prévu, avec mise en route du satellite (…). De mon côté, j’effectue les branchements délicats au niveau du satellite depuis la plate-forme supérieure de la tour d’assemblage. Le soir, il est décidé d’avoir un dîner en commun avec les responsables de la SEREB et les journalistes présents. L’un des journalistes nous demande si nous avons donné un nom à notre satellite. Nous nous regardons avec Jean-Paul, aucun nom n’avait été prévu. Le journaliste insiste en nous montrant combien, avec Astérix, il a été plus facile de faire connaître au monde entier l’exploit français. Pour lui, nous devons trouver un nom. Chacun cherche et je propose Zébulon, ce petit personnage d’une émission de télévision pour enfants, Le manège enchanté, qui a la particularité d’être monté sur ressort comme notre satellite. Le nom est adopté et le lendemain la presse ne parle plus que de Zébulon. Le père de la marionnette Zébulon, tout heureux de la publicité que nous venons de lui offrir, nous adressera un colis de figurines de Zébulon à Brétigny ».

De Zébulon à Diapason

La presse s’en donne alors à cœur joie : ainsi, La Nouvelle République titre le 16 février en première page par « Hammaguir : le départ de ʺDiamantʺ et de ʺZébulonʺ est pour demain » ; L’Humanité le 17 février par « Opération Zébulon : jour J – Le lancement est prévu pour aujourd’hui », etc. Lorsque les responsables du Cnes prennent conscience que le nom de Zébulon se diffuse et risque bien de coller au satellite, ils réagissent au plus vite, comme en témoigne Marius Le Fèvre : « Ce nom ne plaît pas au siège du CNES. Lise Blosset, la responsable de la communication, me téléphone et m’explique que Zébulon est un nom trop proche du mot arabe « zebbi » dont la signification injurieuse peut être gênante ! Nous frôlons l’incident diplomatique. Elle propose, en échange, un superbe nom, Diapason, parfaitement adapté à la mission du satellite », en raison de l’oscillateur ultra-stable qu’emporte le satellite. L’idée a été émise par Jean-Pierre Causse, le directeur de la division Satellites au Cnes. Ainsi, dès le 18 février, plusieurs quotidiens annoncent à leurs lecteurs le changement de nom, comme Le Monde qui titre « Diapason remplace Zébulon », ou encore Combat qui souligne que « En quittant Hammaguir à 9h33 Hammaguir, son port d’attache, ZEBULON s’est transformé en DIAPASON », etc.

Un nouveau beau succès

Après les lancements de la capsule A1 (Astérix) par Diamant 01 le 26 novembre 1965 et du satellite scientifique FR 1 par la fusée américaine Scout le 6 décembre, Diamant 02 place sur orbite avec succès le D1A « Diapason ». Ce dernier est un banc d’essai technologique qui permet d’éprouver le lanceur Diamant, les réseaux terrestres de localisation (Diane), de télémesure et de télécommande (Iris), des éléments du satellite (cellules photovoltaïques), mais aussi de mener une expérience scientifique de géodésie par mesure de l’effet Doppler-Fizeau sur les émissions radioélectriques à fréquences très stables.

Quelques références

- Un ouvrage : L’espace, du rêve à la réalité. Un grand bond pour l’Europe spatiale, Marius Le Fèvre, e/dite, Paris, 2010

- Deux articles : « Opération Zébulon : jour J – Le lancement est prévu pour aujourd’hui », L’Humanité, 17 février 1966 ; « ZEBULON s’est transformé en DIAPASON », in Combat, 18 février 1966.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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